NON ! Il ne faut pas rouvrir la Bièvre à Paris !

Il y a quelques jours, je m'exprimai brièvement sur le non-sens que constitue le projet de re-découverte de la Bièvre à Paris (à partir de la 9e minute) :

https://www.france.tv/france-3/paris-ile-de-france/19-20-paris-ile-de-france/1283845-19-20-paris-ile-de-france.html

Malheureusement, la brièveté de l'interview n'a pas permis de dérouler tout mon argumentaire :

1) Au vu des épisodes récurrents de montée des eaux partout en France, y compris à Paris (voir situation actuelle au 12/03/2020), est-il pertinent de rouvrir un nouveau point d'arrivée d'eau aux portes de la capitale ? Pour rappel, les crues de la Bièvre, pourtant considérée comme une petite rivière, sont souvent rapides, inattendues et autrement meurtrières que celles de la Seine, plus lentes. Même si ces crues sont depuis quelques années "contenues" en inondant des terres voisines, je trouve irresponsable de jouer de la sorte avec la nature qui restera toujours la plus forte et n'aime pas qu'on la défie.

2) La Bièvre est, à Paris, enterrée jusqu'à 16 mètres sous terre. Le projet EELV présente, par exemple, la rue Brillat-Savarin fermée à la circulation, longée par une piste cyclable avec la Bièvre à 5-6 mètres en contrebas.

Quelle est l'utilité ou le plaisir pour le promeneur de se balader le long d'une rivière qu'il ne verrait quasiment pas, coulant 5-6 mètres en dessous de la chaussée ? Pas question d'y tremper un orteil comme dans toute rivière qui se respecte.

De même, dans cette même rue Brillat-Savarin, le projet prévoit de ré-hausser le lit initial de la rivière de quelques mètres. J'ignore si les gens qui ont pondu ce projet ont déjà fait un peu de plomberie mais on ne fait pas, de manière naturelle, monter, descendre, monter, descendre un cours d'eau ou une canalisation. ça ne marche pas bien...

Sauf à recourir à des moyens artificiels, un cours d'eau doit avoir une pente descendante sur tout son cours. Ce qu'on ré-hausse en un point doit être ré-haussé en amont. Des moyens artificiels pourraient contourner le problème et permettre cette gymnastique mais une continuité de l'écosystème s'en trouverait compromise.

3) EELV prévoit de découvrir la Bièvre en premier lieu dans 3 endroits où la rivière n'est pas trop profondément enfouie : le parc Kellermann (13e), le square Le Gal (13e) et les annexes du jardin des Plantes (5e) où la bièvre est située entre 1 à 3 mètres du niveau du sol. Mais comment l'eau de la Bièvre circulera-t-elle entre ces tronçons ? Encore une fois, conserver une continuité de l'écosystème de la rivière nécessitera des travaux importants et coûteux permettant à l'eau de la rivière de circuler dans des canalisations parallèles alimentant les 3 lieux choisis.

4) EELV prévoit, sans attendre la réouverture de la Bièvre, de créer une piste cyclable sur tout les quelque 5 kilomètres du parcours de la rivière dans la capitale (13e et 5e arrdts).

Elle perd simplement de vue que sur tout ce parcours largement construit, il n'y a pas que du domaine public. Une mairie EELV va-t-elle se livrer à des expropriations ou faire valoir son droit de préemption ? A plus de 10.000 euros le mètre carré dans la capitale, je vous laisse imaginer le coût de l'opération, sans compter celui induit par un déplacement des canalisations et des fluides (électricité, gaz...).

5) EELV, se basant sur une étude de 2001 et en déduisant le coût d'une centrale d'épuration (l'eau est devenue plus propre en amont), chiffre à 50 millions d'euros le coût d'une telle opération.

De qui se moque-ton ? Quand on voit, en prenant l'exemple du nouveau conservatoire du 13e (dont, pourtant, les fondations et la structure étaient préexistants (ancienne école de meunerie)), que le coût de construction a dépassé les 12 millions d'euros, comment peut-on imaginer qu'un tel chantier portant sur une distance de 5 kilomètres puisse ne coûter "QUE" 50 millions ? Au minimum, vous pouvez multiplier par 10 ce coût.

6) A partir de 1868, il a fallu 44 ans pour recouvrir entièrement la Bièvre à Paris (70 ans pour la partie du parc Kellermann). Avec tout ce qui a été construit au-dessus depuis plus d'un siècle, combien de temps pensez-vous que des travaux de réouverture vont durer ? Si ce projet voyait le jour, nous repartirions pour plusieurs décennies de tranchées, rues barrées, bruit pour les riverains...

Vous le voyez, ceux qui ont pondu ce projet sont soit incompétents, soit de mauvaise foi. L'avenir nous le dira mais vous voilà prévenus !...

Thierry Depeyrot
(12 mars 2020)